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Sommaire

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I. Le Pigeon
II. SMS I
III. Yuna
IV.  St. Paul Otlet
V. Sans-Souci
VI. Lait d’Ânesse
VII. Le Voyage
VIII. SMS II
IX. La Jupe
X. La Fatigue
XI. SMS III
XII. Le Portrait

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Le Pigeon

Maintenant je veux une feuille blanche,
Grande comme ce ciel gris,
Et pleuvoir des points d’interrogations,
Noirs comme des parapluies.

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons du Saint-Esprit qui s’envolaient sur la place ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont les beaux corps irisés ont la forme d’un coeur et sont comme les lilas du règne des oiseaux ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons qui sont des oiseaux de la famille des Columbidae, vivant à l’origine dans les milieux terrestres mais s’étant répandus, pour certaines espèces, en plaine et dans les villes, et se nourrissant principalement de graines  ?

Combien peut-on vivre de passion ?
Pourquoi la vérité matérielle ?
Qui a invoqué les mauvais esprits ?
Qu’est-ce qui rend la pensée infidèle ?
Faut-il arrêter la poésie ?
Quelle est la valeur de l’ennui ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons (jon) n. m. (lat. pipio) oiseau de l’orde des colombins dont plusieurs espèces sont domestiquées : les pigeons vivent par couples ou par bandes. (Cri : le pigeon roucoule) Fig. Dupe, gogo : plumer un pigeon ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes, ni froissements de feuilles est un lieu neutre pour tout dire ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons à deux sur une branche ou sur le balcon d’une église – planant vers une forêt, une fontaine ou une maison – roucoulant d’amour, de victoires et de valises ?

Nous sommes ces deux pigeons morts
Que j’ai vu écrasés ensemble
Près du vieux chêne solitaire,
Où je m’étais arrêté pour t’impressionner.

SMS I

I.

J’ai l’impression de recueillir des ailes perdues quand je vous vois les épaules nues et qu’un petit monstre jaune sort de votre ventre. Je regrette de céder à vos souples spirales enfantines qui excitent mon sentiment de supériorité, puis je me rappelle les paroles du Christ qu’un fou m’a tant répétées : il faut aimer.

II.

Maintenant tu es modulée dans ma mélodie.
Ton visage d’absence halogène entoure ma présence élégante.
J’ai des rides et des détentes qui se souviennent de ton rire explosif,
De ton nez de princesse voleuse, de ton regard de déesse caméléoneuse.

 

Yuna

(Elle me regarde elle cligne des yeux après)

Elle miaule, elle tisse des toiles à la caresse,
Elle cherche, elle tombe sans faire de bruit,
Les touches du piano sont blanches ou noires.

Elle se dandine, elle se dévoile à ma vanille,
Elle sait que je l’écris, elle connaît la poésie,
La sauge l’a rendue calme comme une reine.

Sa grande pupille noire a des reflets mauves,
Assise comme une muse rose serait mise,
Elle possède la douceur des moustaches grises.

(Elle lèche sa patte elle la trempe d’abord)

Sans-Souci

Des bois de cerfs enrubannés de couleurs,
En guise de lustre libre chute bleue,
Des acrobates comme des poulpes de bois.

Les mosaïques du mur sont des origamis,
En vert forêt rouge bordeaux jaune épice,
Le miroir est rond est profond est une porte.

Le chat noir repose sur une trapéziste,
Qui est couchée le tronc entre deux chaises,
Les doigts de pieds au ciel comme dans les rêves.

Le Voyage

Nous sommes un court instant devenus,
(L’instantané de nous-même),
Une statue d’eau ou d’amour fêlé…
Métamorphosés en fontaine gelée.

J’étais dans ton champ comme le chiendent,
(Mon grand front contre ta tempe),
J’effleurais tes fatigues – sables chauds…
Les fleurs de silences qui dorment sous ta peau.

Les étoiles agitaient le ciel bleu,
(Noire la nuit les étoiles brillent),
Les cheveux pleins de couleurs carbones…
Quelques galaxies sous ta blanche couronne.

Ligne de fer dans la paume de la neige,
(Nous voyagions sans mot dire),
Contemplant les falaises de brumes,
L’arbre noir de froid où le cheval fume.