Reflektor

I.

J’avais 24 ans comme un garçon, les bras longs et bon dos,
J’avais très vite compris que la vie jouait au Truman Show,
Je voyais trop de sosies suspects dans les environs,
Je rêvais des rêves qui dévoilaient des formes de forme sans fond.

II.

Chaque année était une longue journée qui se répétait,
Ô dans mon lit mon fémur et mon tibia grandissaient…
Horloge ! Je me faisais briser les genoux par les furies,
Mais j’adorais devoir ne devoir rien faire en béquilles…

III.

Un éléphant avait poussé dans mon nez durant l’hiver,
Je travaillais parmi et pas mieux que les géraniums rouges et verts,
Je lisais et puis brun au soir m’ensoleillais d’Armagnac,
On payait bien à la maison communale discutant les zodiaques.

1960

I.

Comme tout le monde je suivais les recettes :
L’amour est une grisaille qu’on illumine de rire
Pour boire nos bières et fumer nos cigarettes,
Jacques Brel le chuchotait sous ma casquette.

II.

Les regards me réussissaient,
La rue sentait les plats au vin blanc sec,
Les hommes se parfumaient à cause de la misère,
Le Gare Centrale aimantait comme Le Voyageur de Magritte.

III.

Quand les pigeons s’envolent on dirait qu’ils ricanent des ailes,
Chez toi la comédie des clefs jouait à la fanfare de la serrure,
Les femmes des filles qui caressent le garçon de l’homme,
Tintin tapissait en passant les murs de Bruxelles.

Yuna

(Elle me regarde elle cligne des yeux après)

Elle miaule, elle tisse des toiles à la caresse,
Elle cherche, elle tombe sans faire de bruit,
Les touches du piano sont blanches ou noires.

Elle se dandine, elle se dévoile à ma vanille,
Elle sait que je l’écris, elle connaît la poésie.
La sauge brûlée l’a rendue calme comme une reine.

Sa grande pupille noire a des reflets mauves,
Assise comme une muse rose serait mise,
Elle possède la douceur des moustaches grises.

(Elle lèche sa patte elle la trempe d’abord)

Sans-Souci

I.

La nappe transparente en plastique,
La taille démesurée du poivrier en bois,
Une trompette bleue posée à la verticale.

Un vase de tulipes blanches tombantes,
Une nature morte de métal et de cire,
Les assiettes IKEA-amérindiennes.

Des marrons datés à côté des bols de café,
Une poubelle chromée sous un collage belge,
Une passoire retournée pour garde-manger.

II.

L’ordinateur est une boîte à souvenir et à musique,
Lucky Strike – filtre et feuille sur la table,
C’est pour parler, écrire, dessiner et s’oublier.

III.

Des bois de cerfs enrubannés de couleurs,
En guise de lustre libre chute bleue,
Des acrobates comme des poulpes de bois.

Les mosaïques du mur sont des origami,
En vert forêt rouge bordeaux jaune épice,
Le miroir est rond est profond est une porte.

Le chat noir repose sur une trapéziste,
Qui est couchée le tronc entre deux chaises,
Les doigts de pieds au ciel comme dans les rêves.

SMS III

I.

À vendre pour pièce : une belle gueule, un coeur sans façon, un corps de fête, des mains qui vibrent, des pieds qui dansent, un sexe libre, l’ambiguïté d’un jésuite, l’identité d’une rame de métro, l’avanie d’une cave de basse.

Ou à échanger contre : un départ, une solitude consistante, une femme mûre.

II.

Quand je suis dans la transparence du papier d’actualité –
Mon regard disparu,
Ma mémoire malléable,
Mon visage invisible,
La répétition matinale dans cette typographie comestible.

III.

Nous étions la fragile image de nos tâches divines.
Tu me rendais les mains mâles, la voix virile, la vue fine,

(Je prenais soin de toi comme d’un deuxième visage)

Tu avais la jambe faune, le réveil fauve, la dent requinne,
Nous étions seuls à l’autre comme la langue des signes…