SMS III

I.

À vendre pour pièce : une belle gueule, un coeur sans façon, un corps de fête, des mains qui vibrent, des pieds qui dansent, un sexe libre, l’ambiguïté d’un jésuite, l’identité d’une rame de métro, l’avanie d’une cave de basse.

Ou à échanger contre : un départ, une solitude consistante, une femme mûre.

II.

Quand je suis dans la transparence du papier d’actualité –
Mon regard disparu,
Ma mémoire malléable,
Mon visage invisible,
La répétition matinale dans cette typographie comestible.

III.

Nous étions la fragile image de nos tâches divines.
Tu me rendais les mains mâles, la voix virile, la vue fine,

(Je prenais soin de toi comme d’un deuxième visage)

Tu avais la jambe faune, le réveil fauve, la dent requinne,
Nous étions l’un à l’autre comme la langue des signes…

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Le Voyage

Nous sommes un court instant devenus,
(L’instantané de nous-même),
Une statue d’eau ou d’amour fêlé…
Métamorphosés en fontaine gelée.

J’étais dans ton champ comme le chiendent,
(Mon grand front contre ta tempe),
J’effleurais tes fatigues – sables chauds…
Les fleurs de silences qui dorment sous ta peau.

Les étoiles agitaient le ciel bleu,
(Noire la nuit les étoiles brillent),
Les cheveux pleins de couleurs carbones…
Quelques galaxies sous ta blanche couronne.

Ligne de fer dans la paume de la neige,
(Nous voyagions sans mot dire),
Contemplant les falaises de brumes,
L’arbre noir de froid où le cheval fume.

SMS II

I.

Mon esprit qui saute à l’élastique est retenu par mon esprit
Disait-elle au terme d’une planante maïeutique – Joyeux flotteurs !
Le portrait était réussi, les yeux un peu trop écartés, les yeux doux.
Mais les épis de cheveux sauvages, la commissure des lèvres recourbées !
Les lèvres étaient une belle chose sur mon visage absorbé par le café blanc.
Voyage à travers la fenêtre dans les souvenirs de l’après-midi,
La gymnastique amoureuse avant d’être sorti.

II.

Nous sommes nés pour voir en couleur,
Au Fuse elles ont la brume lumineuse de la fumée fluorescente,
Quand nous sommes rentrés ivres de silence,
Tout était mauve,
Des petits pixels de grains pourpres parsemaient l’espace.

III.

Jade, l’amour,

Me porte à vif, me porte aux vapeurs,
Efface mes folles de phrases, efface la vue de ma vie,
Épaule mon rire de brame, épaule mes gestes de cirques,
Épluche mes finesses, épluche ma télépathie,
Étoffe ma faune grâce, étoffe mes flèches d’esprits.

Vaincu la victoire trônant sur ton corps comme on chevauche une voile.

La Jupe

C’est l’inconnue de ta douceur,
Ton corps angulaire trop vite grand,
Qui me rendent tellement impatient…
Tu pardonnes avant l’imprudence.

Je m’étais comme promis pourpre,
Avant même de t’adorer ma Jade,
J’aimais l’amour mais j’aimais seul…
Je ne pouvais pas encore t’écrire.

Je veux repasser tes épaules,
Sous ma tendre ardeur amoureuse,
Pour faire de toi une liane sauvage…
L’amour s’enroulera autour de moi.

SMS I

I.

J’ai l’impression de recueillir des ailes perdues quand je vous vois les épaules nues et qu’un petit monstre jaune sort de votre ventre. Je regrette de céder à vos souples spirales enfantines qui excitent mon sentiment de supériorité, puis je me rappelle les paroles du Christ que Joseph m’a tant répétées : il faut aimer.

II.

Ils avaient délocalisés les étoiles pour les avoir dans leurs temples de poches. La faim était proche – on avait oublié l’eau froide. Il y avait eu un magnifique moyen-âge et sans le savoir on était le moyen-âge du futur. Les cryptographes tuaient les poètes, les poètes taisaient la famille et entre les deux il y avait les visages étranges dans le métro à Beekkant.

III.

Maintenant tu es modulée dans ma mélodie. Ton visage d’absence halogène entoure ma présence élégante. J’ai des rides et des détentes qui se souviennent de ton rire explosif, de ton nez de princesse voleuse, de ton regard de déesse caméléoneuse.

La cage d’oiseau en osier dans la rue à Tunis…

La Fatigue

Je vois tes dix milles visages dans mon front
Frange, rose, amande, unique,
Comme la succession kaléidoscopique
De toutes tes expressions.

J’ai ouvert l’oeil du lendemain fragile
De nocturnes périples
Et une brillante tulipe hypnagogique
M’est apparue fertile.

Je connais par coeur la couleur grenade
De tes sourires multiples,
Les délicats reflets synthétiques
De tes émotions, Jade.

Je voyage maintenant dans ta beauté
Femme-Yashoda-Cosmique
Dans ses épiphanies télépathiques
Vous êtes modélisée.