Paul Otlet

 

Il se peut qu’on soit les étincelles d’une fontaine,
Qui ne connaîtrait ni feu, ni faux, ni vrai, ni eau,
Tel une puissante provision d’images et de mots :
La vie un rêve qui commence en sursaut.

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Yuna

(Elle me regarde elle cligne des yeux après)

Elle miaule, elle tisse des toiles à la caresse,
Elle cherche, elle tombe sans faire de bruit,
Les touches du piano sont blanches ou noires.

Elle se dandine, elle se dévoile à ma vanille,
Elle sait que je l’écris, elle connaît la poésie.
La sauge brûlée l’a rendue calme comme une reine.

Sa grande pupille noire a des reflets mauves,
Assise comme une muse rose serait mise,
Elle possède la douceur des moustaches grises.

(Elle lèche sa patte elle la trempe d’abord)

Sans-Souci

I.

La nappe transparente en plastique,
La taille démesurée du poivrier en bois,
Une trompette bleue posée à la verticale.

Un vase de tulipes blanches tombantes,
Une nature morte de métal et de cire,
Les assiettes IKEA-amérindiennes.

Des marrons datés à côté des bols de café,
Une poubelle chromée sous un collage belge,
Une passoire retournée pour garde-manger.

II.

L’ordinateur est une boîte à souvenir et à musique,
Lucky Strike – filtre et feuille sur la table,
C’est pour parler, écrire, dessiner et s’oublier.

III.

Des bois de cerfs enrubannés de couleurs,
En guise de lustre libre chute bleue,
Des acrobates comme des poulpes de bois.

Les mosaïques du mur sont des origami,
En vert forêt rouge bordeaux jaune épice,
Le miroir est rond est profond est une porte.

Le chat noir repose sur une trapéziste,
Qui est couchée le tronc entre deux chaises,
Les doigts de pieds au ciel comme dans les rêves.

SMS III

I.

À vendre pour pièce : une belle gueule, un coeur sans façon, un corps de fête, des mains qui vibrent, des pieds qui dansent, un sexe libre, l’ambiguïté d’un jésuite, l’identité d’une rame de métro, l’avanie d’une cave de basse.

Ou à échanger contre : un départ, une solitude consistante, une femme mûre.

II.

Quand je suis dans la transparence du papier d’actualité –
Mon regard disparu,
Ma mémoire malléable,
Mon visage invisible,
La répétition matinale dans cette typographie comestible.

III.

Nous étions la fragile image de nos tâches divines.
Tu me rendais les mains mâles, la voix virile, la vue fine,

(Je prenais soin de toi comme d’un deuxième visage)

Tu avais la jambe faune, le réveil fauve, la dent requinne,
Nous étions seuls à l’autre comme la langue des signes…

Le Voyage

Nous sommes un court instant devenus,
(L’instantané de nous-même),
Une statue d’eau ou d’amour fêlé…
Métamorphosés en fontaine gelée.

J’étais dans ton champ comme le chiendent,
(Mon grand front contre ta tempe),
J’effleurais tes fatigues – sables chauds…
Les fleurs de silences qui dorment sous ta peau.

Les étoiles agitaient le ciel bleu,
(Noire la nuit les étoiles brillent),
Les cheveux pleins de couleurs carbones…
Quelques galaxies sous ta blanche couronne.

Ligne de fer dans la paume de la neige,
(Nous voyagions sans mot dire),
Contemplant les falaises de brumes,
L’arbre noir de froid où le cheval fume.

SMS II

I.

Mon esprit qui saute à l’élastique est retenu par mon esprit
Disait-elle au terme d’une planante maïeutique – Joyeux flotteurs !
Le portrait était réussi, les yeux un peu trop écartés, les yeux doux.
Mais les épis de cheveux sauvages, la commissure des lèvres recourbées !
Les lèvres étaient une belle chose sur mon visage absorbé par le café blanc.
Voyage à travers la fenêtre dans les souvenirs de l’après-midi,
La gymnastique amoureuse avant d’être sorti.

II.

Nous sommes nés pour voir en couleur,
La nuit elles ont la brume lumineuse de la fumée fluorescente,
Quand nous sommes rentrés ivres de silence,
Tout était mauve,
Des petits pixels de grains pourpres parsemaient l’espace.

III.

Jade, l’amour,

Me porte à vif, me porte aux vapeurs,
Efface mes folles de phrases, efface la vue de ma vie,
Épaule mon rire de brame, épaule mes gestes de cirques,
Épluche mes finesses, épluche ma télépathie,
Étoffe ma faune grâce, étoffe mes flèches d’esprits.

Vaincu la victoire trônant sur ton corps comme on chevauche une voile.